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jan 11 2011

Témoignage : récit d’une interception d’hélicoptère en Guyane

Mercredi 29 décembre 2010, à 22h27 heure de Paris, le lanceur Ariane V a décollé avec succès depuis la plateforme de Kourou, en Guyane, pour mettre sur orbite les satellites de télécommunication Hispasat-1E et Koreasat 6. Dans les périodes de vulnérabilité du lanceur européen, l’armée de l’air ré organise son dispositif permanent de sûreté aérienne au plus près du site de lancement. Il comprend des éléments d’artillerie sol-air du 3e Régiment étranger d’infanterie de l’armée de terre et des Fennec de l’escadron d’hélicoptères outremer 68 « Guyane » de la base aérienne de Cayenne, en configuration Masa (mesures actives de sûreté aérienne). Les hélicoptères ont en charge la protection de l’espace aérien environnant le Centre spatial guyanais et de ces abords. A cette occasion, des zones interdite et réglementée sont créées. Le capitaine Sylvain Leger, l’un des pilotes en alerte, témoigne d’une interception en vol.

« À deux jours de la Saint Sylvestre, dans la salle d’opération du centre de contrôle militaire (CCM) en Guyane, la tension est palpable: deux plots viennent d’apparaître sur l’écran radar. Si l’on en croit les plans de vol déposés auprès de l’aviation civile, il s’agit de deux hélicoptères civils américains qui transitent le long des côtes sud américaines, de Georgetown au Guyana vers Cayenne. Les deux aéronefs pénètrent dans la première zone réglementée malgré les restrictions inscrites dans les Notam (notifications aux équipages) diffusés par l’aviation civile. Une opération d’interception est déclenchée à 12h05. Immédiatement, nous nous précipitons vers l’hélicoptère Fennec en configuration Masa pour accueillir à son bord une équipe de deux tireurs d’élite. Chacun rejoint son poste et chacun sait parfaitement ce qu’il doit faire. Étant le premier pilote installé, je lance les moteurs sous l’œil vigilant des mécaniciens. Le deuxième pilote brêlé achève la mise en route pendant que les tireurs et moi finissons de nous attacher. Lorsque l’hélicoptère s’arrache du sol, moins de cinq minutes se sont écoulées depuis que le klaxon d’alerte a retenti.

Le contrôleur d’interception nous donne un cap pour rejoindre notre objectif. Le contact radio a pu être établi avec les deux aéronefs inconnus qui se sont immédiatement déroutés pour sortir de la zone et la contourner. Nous devons néanmoins nous assurer visuellement de l’identité des appareils. Au bout de quelques minutes, nous apercevons le premier hélicoptère, suivi de près par le second. Grâce à une manœuvre sûre, nous les interceptons et nous nous plaçons derrière afin de les identifier. Selon les ordres de la Haute autorité de défense aérienne (HADA) au CCM, nous nous approchons pour présenter un panneau au pilote de l’appareil intercepté, lui demandant de nous contacter sur la fréquence de contrôle. Un bref échange par radio permet de confirmer son identité et ses intentions. Tout en maintenant le contact visuel sur le premier appareil, nous appliquons la même procédure avec le second. Rassurés quant aux intentions inoffensives des deux équipages américains, nous les escortons en dehors de la zone réglementée avant qu’ils ne soient transférés au contrôleur civil du terrain de Rochambeau. À leur arrivée sur l’aéroport de Cayenne, les deux hélicoptères et leurs occupants seront contrôlés par les services de la gendarmerie. »

Source: site de l’armée de l’air

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