«

»

oct 16 2010

Exercice "Circaète" en Méditérrannée


Le 13 octobre 2010, un Airbus A310 a fait l’objet de trois interceptions alors qu’il faisait route vers les côtes nord-africaines. Deux étaient menées par l’armée de l’air française, la troisième par l’armée de l’air algérienne.

Ce scénario, car il s’agit bien d’un exercice, a été convenu en amont dans le cadre de l’initiative « 5+5 Défense ». L’exercice « Circaète », du nom d’un petit rapace qui migre entre l’Europe et le Maghreb, visait en effet à déclencher les permanences opérationnelles successives des pays participants et à coordonner la mise en oeuvre des mesures actives de sûreté aérienne. Ainsi, l’A310 de l’escadron 3/60 « Esterel » jouait le rôle d’un avion civil détourné, devenu « Renegade » c’est-à-dire suspect. Il a simulé une perte de contact radio tout au long de son vol, qui a duré 4h30. « Le but est de mettre en œuvre les procédures décidées dans le cadre de « 5+5 Défense », qui est une coopération multilatérale entre cinq pays du nord de la Méditerranée (France, Espagne, Italie, Portugal et Malte) et cinq pays du sud (Algérie, Libye, Maroc, Mauritanie et Tunisie), explique le lieutenant-colonel Hervé Lahille du commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes. Les contrôleurs aériens civils informent leurs homologues militaires de la perte de contact avec l’aéronef, ces derniers décident alors du décollage de la permanence opérationnelle (PO) qui va à la rencontre de l’aéronef s’assurer qu’il ne représente aucune menace. » Les trois PO mobilisées ce jour-là furent celle d’Orange, avec un Mirage 2000 C-RDI, celle de l’armée de l’air algérienne avec un Mig-25 et au retour, celle de Mont-de-Marsan avec un Rafale.

Dans la réalité, les actions de l’avion de chasse dépêché aux côtés de l’avion susceptible de représenter une menace passent par plusieurs étapes : mesures d’identification et d’interrogation tout d’abord, puis éventuellement de contrainte et d’intervention. Le scénario prévoyait donc que l’A310 n’obtempère à aucune injonction pour que les centres radar et décisionnels de chaque pays puissent communiquer, échanger et prendre les bonnes décisions. Ils ont ainsi mis en œuvre des systèmes d’information fonctionnant via fax ou téléphone. « Quand le chasseur arrive sur l’avion douteux, il essaie d’abord de prendre contact avec lui sur les fréquences normales de détresse , décrit le lieutenant-colonel. Si cela ne marche pas, il utilise alors des codes visuels standards pour exprimer « suivez-moi » en battant des plans ou pour lui signaler de le suivre et de se poser en sortant son train d’atterrissage . » Pour l’exercice, le scénario s’arrête là. Dans la réalité, si l’intrus persistait à ne pas obtempérer, l’intercepteur finirait par tirer des coups de semonce pour conclure, en cas de résistance, par un tir de destruction.

Lancée le 21 décembre 2004 par les ministres de la Défense des pays partenaires, l’initiative « 5+5 Défense » est un dialogue informel entre de certains pays de l’Union européenne et du Maghreb. Elle est basée sur la volonté d’une coopération concrète et opérationnelle entre les forces armées de chaque pays pour promouvoir la paix et la stabilité en Méditerranée occidentale. Les domaines de coopération sont déclinés selon quatre axes : la sûreté aérienne, la surveillance maritime, la contribution à la protection civile et la formation. Dynamique, l’initiative mène une trentaine d’activités par an comme des rencontres de hautes autorités, des séminaires, des groupes d’experts et également des exercices. Le bilan de ces cinq années de coopération démontre que « 5+5 Défense » est devenu le forum de coopération le plus efficace et le plus abouti. Il repose avant tout sur la richesse des relations humaines et la confiance (principes de simplicité, de pragmatisme, de volontariat et de consensus) qu’il s’efforce de construire autour de rencontres et d’échanges réguliers.

« Nous nous sommes rendus compte, au 11 septembre 2001, qu’il était nécessaire d’avoir le plus grand préavis possible sur une menace qui se rapprochait de nos frontières, donc nous avons signé une série d’accords bilatéraux avec les pays qui nous entourent en Europe. Ce forum « 5+5 » est venu se greffer dans le cadre de cette volonté d’avoir le plus d’échanges possibles avec les pays qui nous entourent, y compris ceux se situant sur l’autre rive de la Méditerranée , » souligne le lieutenant-colonel Lahille.

Pendant que l’interception de l’A310 se déroulait dans la partie nord de la Méditerranée, deux autres scénarios étaient simultanément en cours, couvrant son sud-ouest, l’une du côté du Maroc, l’autre du côté de la Tunisie. Deux C-130 algériens ont joué le rôle de plastrons interceptés par les PO marocaine, tunisienne, algérienne et libyenne. « L’édition 2010 de cet exercice confirme celles de 2007, 2008 et 2009 , conclut le lieutenant-colonel. Petit à petit, les exercices sont devenus de plus en plus complexes, le premier n’impliquant qu’un seul aéronef, le dernier trois . »

Texte : ltt Virginie Gradella

Photos : adj Olivier Ravenel

Source: site de l’Armée de l’Air

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :